Quelle est la signification du mandala selon Carl Gustav Jung ? Généralement présenté comme un symbole de la totalité psychique, le mandala possède une portée plus fondamentale. Il constitue une image archétypique du Soi, dont la nature profonde est psychoïde : elle dépasse les oppositions entre matière et esprit, entre moi et autrui, entre sujet et monde. À partir des recherches de Jung et Wolfgang Pauli, et de mes travaux sur la danse du mandala, nous allons montrer comment cette forme archétypique manifeste l’organisation d’une totalité qui n’est pas simplement individuelle, mais psychophysique et objective.
Bruno Traversi — chercheur au LASRET et chercheur associé à l’Université de Lille, spécialiste de la psychologie de C.G. Jung
Qu’est-ce qu’un mandala selon Jung ?
Le terme mandala vient du sanskrit et désigne généralement une figure circulaire organisée autour d’un centre.
Dans les traditions religieuses de l’Inde et du Japon, les mandalas présentent fréquemment une organisation géométrique associant le cercle, le carré, les directions et un centre autour duquel se dispose une multiplicité d’éléments.
Carl Gustav Jung découvre que des formes analogues apparaissent spontanément dans les rêves, les visions et les productions de certains de ses patients, indépendamment de leur connaissance des traditions orientales.
Il reconnaît dans ces figures des manifestations de l’inconscient collectif.
Le mandala constitue, selon lui, une image archétypique du Soi, principe de totalité et d’organisation.
Cependant, cette définition demeure incomplète si l’on réduit le Soi à la totalité de la personnalité individuelle.
Les recherches de Jung, et particulièrement leur développement à travers sa collaboration avec le physicien Wolfgang Pauli, conduisent à reconnaître à l’inconscient profond une nature psychoïde.
L’inconscient n’est donc pas seulement psychique. Dans sa dimension fondamentale, il constitue un soubassement commun aux phénomènes psychiques et physiques.
Il fonde également l’unité originaire du moi et d’autrui, du sujet et du monde.
Le mandala, en tant qu’image archétypique du Soi, représente cette totalité originaire : unité du moi et d’autrui, du moi et du monde, de la matière et de l’esprit.
Cette conception ouvre une perspective bien plus profonde que celle d’un simple symbole d’équilibre personnel.
Elle permet de comprendre pourquoi le mandala peut se manifester non seulement dans les images intérieures, mais aussi dans les comportements corporels, les relations entre individus et l’organisation de l’espace.
Pourquoi Jung s’est-il intéressé aux mandalas ?
Jung commence à s’intéresser aux figures circulaires au cours de ses recherches sur les productions spontanées de l’inconscient.
Il observe que certaines images apparaissent indépendamment de l’intention consciente du sujet.
Elles présentent une organisation géométrique caractéristique : un centre, des relations de symétrie, des oppositions et une forme d’ensemble.
Ces régularités conduisent Jung à les rapprocher des mandalas des traditions religieuses.
Sa rencontre avec le Traité du mystère de la Fleur d’or, transmis par le sinologue Richard Wilhelm, joue un rôle particulièrement important.
Ce texte d’alchimie chinoise décrit un processus d’intériorisation et de transformation associé à la circulation de la lumière.
Jung reconnaît dans ces pratiques des processus comparables à ceux qu’il étudie en psychologie analytique.
Mais son intérêt porte avant tout sur la nature spontanée des formes.
Si un individu peut produire des images possédant une structure analogue à celle des représentations traditionnelles sans les avoir apprises, il faut rechercher leur origine dans une dimension de l’inconscient qui dépasse l’histoire personnelle.
Cette dimension est celle de l’inconscient collectif.
L’étude des mandalas conduit ainsi Jung à reconnaître l’existence de structures archétypiques qui organisent les manifestations de la vie inconsciente.
Ses recherches ultérieures avec Pauli donneront à cette conception une portée psychophysique.
Les mandalas dessinés par Jung lui-même
Jung n’a pas seulement étudié les mandalas de ses patients. Il en a lui-même dessiné : en 1918 et 1919, il esquisse chaque matin un petit mandala dans un carnet et y observe, jour après jour, l’image de son état intérieur. Il rapporte cette pratique dans Ma vie.
C’est cette pratique que reprend la formation Le mandala du matin selon C. G. Jung.
Le mandala et le Soi : pourquoi représentent-ils une totalité ?
Dans la psychologie analytique, le moi désigne le centre de la conscience individuelle.
Il constitue le principe autour duquel s’organisent l’identité personnelle, la mémoire consciente et le rapport ordinaire du sujet à son environnement.
Le Soi, en revanche, ne peut être confondu avec le moi.
Il constitue le principe de totalité dont le moi n’est qu’une expression partielle.
C’est pourquoi Jung considère le mandala comme une représentation du Soi : sa structure géométrique manifeste une unité dans laquelle les éléments multiples et opposés participent à une même organisation.
Mais il faut aller plus loin.
Dans sa conception profonde, le Soi ne renvoie pas exclusivement à la totalité des contenus psychologiques d’un individu.
Il s’enracine dans l’inconscient collectif, dont la dimension fondamentale est psychoïde.
Or, si l’inconscient profond constitue le soubassement commun de l’esprit et de la matière, il dépasse également la séparation entre moi et autrui.
La totalité dont le Soi est le principe ne peut donc être enfermée dans les limites de la subjectivité individuelle.
Elle engage le rapport du sujet à la réalité dont il participe.
Le mandala représente ainsi l’unité du moi et du non-moi, l’unité du sujet et du monde.
Cette conception est essentielle pour comprendre mes recherches sur la danse du mandala, dans lesquelles une même structure archétypique se manifeste simultanément à travers plusieurs individus.
Qu’est-ce que l’inconscient psychoïde selon Jung et Pauli ?
Le terme psychoïde désigne, chez Jung, une dimension de l’inconscient qui ne peut être qualifiée d’exclusivement psychique.
Cette notion prend une importance décisive dans sa collaboration avec Wolfgang Pauli.
À partir de 1932, le psychiatre et le physicien entreprennent un dialogue qui les conduit à interroger le rapport entre la sphère physique et la sphère psychique.
Ce problème est généralement désigné comme le problème psychophysique.
Comment comprendre les relations entre l’esprit et la matière ?
Faut-il considérer qu’il s’agit de deux réalités fondamentalement distinctes, ou reconnaître qu’elles procèdent d’un ordre commun ?
La collaboration entre Jung et Pauli conduit à la conception d’un inconscient objectif neutre.
Cet inconscient n’est pas simplement psychique, car il constitue le fondement commun de deux domaines que la pensée ordinaire distingue : celui des phénomènes intérieurs et celui des phénomènes physiques.
Les archétypes, dans leur dimension psychoïde, appartiennent à cet ordre fondamental.
Ils constituent des principes d’organisation qui peuvent se manifester aussi bien dans les phénomènes psychiques que dans les phénomènes physiques.
Dans L’Arrière-monde ou l’Inconscient neutre, ouvrage que j’ai dirigé avec Alexandre Mercier, j’analyse la genèse de cette conception à travers les échanges entre Jung et Pauli.
L’inconscient objectif neutre constitue un arrière-monde, un plan originaire antérieur à la distinction entre monde intérieur et monde extérieur.
Cette conception transforme profondément la signification du mandala.
Si le Soi s’enracine dans cet inconscient psychoïde, son image archétypique, le mandala, manifeste une totalité qui dépasse l’individu et englobe les rapports entre les êtres et le monde.
Le mandala selon Jung : une totalité qui unit le moi, autrui et le monde
On interprète souvent le mandala comme une représentation de l’équilibre intérieur.
Cette présentation demeure insuffisante, car elle suppose implicitement que l’organisation représentée appartient à la seule intériorité du sujet.
Or la théorie de l’inconscient psychoïde conduit à dépasser précisément cette séparation.
L’inconscient profond est commun au sujet et au monde.
Il constitue aussi le soubassement commun du moi et d’autrui.
La totalité représentée par le mandala ne peut donc être conçue comme un simple assemblage des éléments de la personnalité individuelle.
Elle exprime une unité plus fondamentale.
Cette unité possède plusieurs dimensions indissociables.
Elle est d’abord celle des différentes composantes de la psyché.
Elle est aussi celle du moi et d’autrui, puisque l’inconscient collectif précède les distinctions individuelles.
Elle est enfin celle du sujet et du monde, du psychique et du physique, puisque les archétypes psychoïdes constituent des principes d’ordre communs à ces deux domaines.
Le mandala représente donc une totalité psychophysique.
Son organisation autour d’un centre n’exprime pas simplement un retour de l’individu vers lui-même.
Elle manifeste le principe d’unité à partir duquel les différentes expressions de la réalité peuvent s’ordonner.
Cette compréhension permet de dépasser les lectures purement subjectives des mandalas.
Elle explique également pourquoi certaines manifestations du mandala peuvent concerner plusieurs individus simultanément.
Pourquoi les mandalas apparaissent-ils dans les rêves ?
Les rêves constituent un domaine privilégié d’apparition des structures archétypiques.
Dans Psychologie et alchimie, Jung étudie notamment une série de rêves recueillis auprès du physicien Wolfgang Pauli.
Ces rêves comportent des représentations géométriques et des organisations spatiales dans lesquelles apparaissent des relations circulaires, des centres et des structures quadrangulaires.
Dans mon étude La déchirure de l’espace et la naissance du sujet selon C. G. Jung et W. Pauli, j’examine plusieurs de ces rêves, notamment ceux que Jung numérote 16, 51 et 52.
Le rêveur y décrit des espaces dans lesquels plusieurs personnes se déplacent autour d’un carré ou d’un rectangle.
Ces représentations sont particulièrement importantes parce qu’elles montrent que le mandala ne se présente pas nécessairement sous la forme d’un dessin.
Il peut apparaître comme un espace organisé par des mouvements.
Le rêve ne représente plus seulement une structure géométrique.
Il présente une totalité dans laquelle les relations entre les individus participent à l’organisation de l’espace.
L’intérêt de ces expériences tient à cette articulation entre la forme, le mouvement et le collectif.
Elles permettent d’aborder le mandala comme une structure organisatrice plutôt que comme une simple image statique.
Le mandala peut-il organiser les relations entre plusieurs personnes ?
C’est précisément la question qui a orienté mes recherches sur la danse du mandala.
Jung avait observé que certaines de ses patientes ne dessinaient pas les mandalas, mais les dansaient.
Il avait ainsi reconnu que la structure archétypique pouvait se manifester directement dans les mouvements corporels.
Cependant, cette observation demeurait essentiellement individuelle.
J’ai cherché à approfondir cette question en étudiant des manifestations collectives de la danse du mandala.
L’enjeu était de comprendre comment une structure inconsciente pouvait organiser non seulement les gestes d’un individu, mais également les déplacements de plusieurs personnes.
Cette interrogation découle directement de la nature psychoïde de l’inconscient.
Si l’inconscient profond est le soubassement commun du moi et d’autrui, une structure archétypique peut se manifester comme principe d’organisation d’un collectif.
La totalité n’est alors plus seulement représentée dans la conscience d’un individu.
Elle se réalise à travers les relations corporelles et spatiales entre plusieurs personnes.
Cette question conduit directement à l’étude de la danse Kagura Mai.
La danse du mandala : dix années de recherches sur l’inconscient collectif
Pour étudier les manifestations corporelles du mandala, j’ai entrepris pendant une dizaine d’années des recherches sur la danse japonaise Kagura Mai, telle qu’elle est issue de l’enseignement de Morihei Ueshiba.
L’objectif était d’observer l’apparition spontanée d’une organisation géométrique à travers les mouvements de plusieurs participants.
Il ne s’agissait pas de reproduire volontairement une chorégraphie.
Une danse réglée à l’avance aurait simplement montré la capacité des participants à exécuter un programme commun.
Notre recherche portait, au contraire, sur les conditions dans lesquelles une organisation pouvait apparaître à leur insu.
Nous avons donc veillé à écarter les consignes et les suggestions susceptibles de déterminer les déplacements.
Les participants entraient dans un état de transe au cours duquel ils ne se percevaient plus comme les auteurs volontaires de leurs mouvements.
C’est dans ces conditions que nous avons observé des régularités remarquables.
Les gestes et les déplacements s’organisaient selon des relations géométriques : symétries, rotations, directions privilégiées, rapports au centre et aux limites de l’espace.
Mais l’observation essentielle concernait la coordination spontanée du collectif.
Plusieurs personnes pouvaient participer à une même organisation sans s’être accordées sur leurs mouvements.
Une totalité se manifestait ainsi à travers les comportements de plusieurs individus, alors qu’aucun d’eux n’en avait conçu préalablement la forme.
Dans mon analyse, ce phénomène constitue une manifestation de la dimension objective de l’inconscient collectif.
Il permet d’étudier directement comment une structure archétypique peut devenir un principe d’organisation psychophysique.
Comment le mandala peut-il organiser les mouvements du corps ?
Au cours de nos expérimentations, les participants évoluaient dans un espace qui, pour les observateurs extérieurs, ne présentait pas de contraintes particulières.
Pourtant, les danseurs rapportaient une expérience très différente.
Ils avaient la sensation que l’espace était organisé par des frontières invisibles, des directions privilégiées et des chemins qu’il leur fallait suivre.
Leurs déplacements ne résultaient pas d’une délibération consciente.
Ils étaient vécus comme spontanés et nécessaires.
Les observations extérieures révélaient des régularités géométriques, notamment des déplacements selon des axes, des diagonales et des relations de symétrie.
La structure d’ensemble apparaissait à travers la multiplicité des gestes.
Les danseurs ne percevaient pas nécessairement cette totalité.
Ils en éprouvaient néanmoins les contraintes dans leur propre mouvement.
Cette expérience permet de comprendre la nature particulière de la forme archétypique.
Elle n’est pas simplement une représentation intérieure que le sujet projetterait volontairement dans l’espace.
Elle constitue un principe d’organisation qui se manifeste dans l’activité corporelle.
En d’autres termes, le mandala n’est pas seulement l’image d’un ordre : il peut être l’actualisation de cet ordre à travers le corps et l’espace.
Le mandala comme unité du moi et d’autrui
La dimension collective de nos expérimentations présente une importance décisive.
Dans une conception strictement individuelle de l’inconscient, les comportements de plusieurs sujets devraient être expliqués principalement par leurs intentions, leurs perceptions mutuelles ou leurs mécanismes d’adaptation.
Or nos observations portaient précisément sur des organisations spontanées qui ne résultaient pas de consignes communes ni d’une coordination volontaire.
Les déplacements et les attitudes des participants présentaient néanmoins des symétries et des relations d’ensemble.
Dans la perspective de Jung et Pauli, ces phénomènes peuvent être compris à partir de l’existence d’un ordre inconscient commun.
L’inconscient profond ne constitue pas simplement une réalité intérieure propre à chaque individu.
Il est le soubassement commun du moi et d’autrui.
C’est pourquoi la forme archétypique peut se manifester à travers plusieurs personnes comme une totalité.
La danse du mandala devient ainsi une expression particulièrement remarquable du Soi.
Elle ne représente pas seulement l’intégration des différentes composantes d’une personnalité.
Elle manifeste une organisation dans laquelle plusieurs individus participent d’un même ordre.
Le mandala apparaît ici comme l’image archétypique, mais également comme la réalisation vécue, de l’unité du moi et d’autrui.
Le mandala comme unité du sujet et du monde
La conception psychoïde de l’inconscient permet d’aller plus loin encore.
Si l’inconscient constitue un soubassement commun au psychique et au physique, il fonde également la continuité originaire entre le sujet et son environnement.
Cette unité ne signifie pas que le moi conscient se confondrait simplement avec le monde extérieur.
Elle indique que la séparation entre sujet et objet n’appartient pas au niveau le plus fondamental de la réalité.
Dans les états ordinaires de conscience, nous percevons l’espace comme une étendue extérieure dans laquelle nous agissons.
Le corps recueille des informations sensorielles et adapte ses mouvements aux caractéristiques de cet environnement.
Mais les expériences de danse du mandala manifestent une autre relation à l’espace.
Les sujets décrivent un espace directement vécu comme orienté et organisé, dont les structures s’imposent à leurs déplacements.
La frontière habituelle entre l’activité intérieure et l’organisation extérieure perd ainsi son évidence.
Dans mes recherches, cette transformation conduit à penser l’espace vécu comme la manifestation d’un ordre originaire, antérieur à la distinction entre le moi et le monde.
Le mandala devient alors une expression de cette unité.
Il ne se réduit plus à une forme présente dans l’espace.
Il manifeste un principe à partir duquel l’espace lui-même se trouve organisé.
Le mandala, Jung et Pauli : quelle relation avec l’espace et le temps ?
Certains rêves de Wolfgang Pauli présentent des transformations particulièrement intéressantes de l’espace.
Dans l’un d’eux, une danseuse chinoise accomplit un mouvement de rotation qui semble provoquer une contraction de l’espace.
Jung souligne que cette transformation spatiale engage également le problème du temps et de la causalité.
Cette observation rejoint directement mes recherches sur la danse du mandala.
Les participants ne vivent plus l’espace selon ses seules caractéristiques habituelles.
Ils éprouvent une organisation spatiale qui s’impose spontanément à leurs mouvements.
Par ailleurs, certains signes corporels de l’anticipation et de l’adaptation consciente semblent s’effacer.
Ces phénomènes permettent de poser la question d’une organisation de l’activité corporelle qui ne procède pas exclusivement d’une succession de décisions volontaires.
Dans La déchirure de l’espace et la naissance du sujet, puis dans mes travaux sur les marqueurs corporels de l’atemporalité, j’ai étudié ces transformations à partir de la conception jungienne de l’inconscient profond.
La structure archétypique peut être comprise comme un principe d’organisation qui ne dépend pas simplement de la succession chronologique des événements.
C’est en ce sens que la forme peut agir comme une cause finale.
La totalité constitue le principe d’ordre à partir duquel les mouvements particuliers s’organisent.
Cette perspective relie l’étude du mandala aux recherches sur la synchronicité et l’inconscient objectif neutre.
Le mandala et la synchronicité : quel est le rapport ?
La synchronicité, dans la conception élaborée par Jung et Pauli, désigne un principe de relations acausales.
Elle ne se réduit pas à la rencontre de deux événements que le sujet jugerait personnellement significatifs.
Elle concerne les rapports entre des phénomènes qui peuvent participer à un même ordre sans être reliés par une chaîne causale ordinaire.
Son fondement est la nature psychoïde des archétypes.
Ces derniers constituent des principes d’organisation communs aux manifestations psychiques et physiques.
Le mandala, en tant qu’image archétypique du Soi, renvoie précisément à cette unité fondamentale.
Les organisations collectives observées dans la danse du mandala permettent d’aborder ce problème.
Les symétries et les relations entre les mouvements des participants manifestent un ordre commun que leurs intentions individuelles ne suffisent pas à expliquer dans notre analyse.
Cette organisation peut ainsi être étudiée dans la perspective des relations acausales et de l’inconscient objectif neutre.
La question est celle du passage d’une forme archétypique à sa manifestation sensible.
Le mandala constitue l’un des domaines dans lesquels ce passage peut être étudié à partir de l’expérience corporelle.
Le mandala et l’individuation : une transformation du rapport au monde
L’individuation est généralement présentée comme un processus de transformation intérieure.
Cette définition mérite d’être approfondie à partir de la nature psychoïde de l’inconscient.
Puisque le Soi s’enracine dans une totalité qui dépasse l’individu, l’individuation ne peut se réduire à la recherche d’un équilibre psychologique personnel.
Elle engage également une transformation du rapport entre le moi, autrui et le monde.
Le sujet découvre progressivement que sa conscience individuelle ne constitue pas le fondement ultime de son existence.
Elle participe d’un ordre plus profond, dont les structures ne dépendent pas exclusivement de sa volonté.
Le mandala exprime cette relation entre la partie et la totalité.
Dans les productions spontanées de l’inconscient, il manifeste l’activité organisatrice du Soi.
Dans les pratiques corporelles étudiées au cours de mes recherches, cette organisation peut également prendre forme à travers les mouvements et les relations entre plusieurs personnes.
L’individuation peut ainsi être comprise comme une transformation du rapport du sujet à la totalité dont il participe.
Cette perspective permet de retrouver le sens profond de la psychologie analytique : non seulement une connaissance de soi, mais également une interrogation sur les relations entre l’homme et le monde.
Comment interpréter un mandala selon Jung ?
Il est fréquent de trouver des interprétations qui attribuent une signification déterminée à chaque couleur ou à chaque forme géométrique.
Une telle démarche ne suffit pas à rendre compte de la conception jungienne.
L’intérêt du mandala ne réside pas uniquement dans la signification symbolique de ses éléments.
Il tient avant tout à l’organisation de la totalité qu’il manifeste.
L’analyse doit donc examiner les conditions de son apparition, la structure d’ensemble, les relations entre les éléments et les transformations éventuelles de cette structure.
Il faut également distinguer les mandalas spontanés des compositions exécutées volontairement.
Une figure réalisée à partir d’un modèle préétabli ne permet pas nécessairement d’observer l’activité autonome de l’inconscient.
À l’inverse, une forme apparue spontanément dans un rêve, une vision ou une expérience corporelle peut constituer un matériau particulièrement important pour l’étude des processus archétypiques.
Mais l’interprétation ne doit pas s’arrêter à la subjectivité individuelle.
Dans la perspective psychoïde de Jung et Pauli, le mandala renvoie à une totalité qui engage également les relations entre les êtres et leur environnement.
Cette dimension doit être prise en considération pour comprendre pleinement sa portée.
Comment utiliser le mandala en art et en thérapie selon Jung ?
Le mandala peut être abordé à travers différentes pratiques artistiques, contemplatives et thérapeutiques.
Cependant, une démarche fondée sur la psychologie analytique exige de ne pas confondre la réalisation volontaire d’une figure géométrique avec la manifestation spontanée d’une structure archétypique.
Le dessin, la peinture et les pratiques contemplatives peuvent constituer des supports d’exploration de l’expérience intérieure.
Mais les recherches de Jung montrent que le mandala peut également se manifester indépendamment de toute intention artistique.
Les travaux sur la danse du mandala élargissent encore cette perspective.
Ils permettent d’étudier les relations entre l’inconscient, le corps, l’espace et le collectif.
L’approche jungienne du mandala ne se limite donc pas à une technique d’expression personnelle.
Elle ouvre un champ de recherche sur la manifestation des formes archétypiques et leurs effets dans l’expérience humaine.
Dans les pratiques d’accompagnement, cette approche demande de distinguer les processus spontanés des productions volontaires et d’éviter les interprétations systématiques ou les promesses thérapeutiques non établies.
Questions fréquentes sur le mandala selon Jung
Quelle est la signification du mandala selon Jung ?
Le mandala constitue une image archétypique du Soi. Dans la conception psychoïde de l’inconscient, il représente une totalité qui dépasse la personnalité individuelle et renvoie à l’unité fondamentale du moi et d’autrui, du sujet et du monde, de la matière et de l’esprit.
Pourquoi Jung dessinait-il des mandalas ?
Jung réalisait des figures circulaires pour observer les transformations de sa vie inconsciente et les manifestations spontanées du principe organisateur de la psyché.
Quel est le rapport entre le mandala et le Soi ?
Le mandala est l’une des représentations archétypiques du Soi. Il manifeste un principe de totalité qui dépasse le moi conscient et s’enracine dans l’inconscient collectif.
Le mandala représente-t-il seulement l’équilibre intérieur ?
Non. La nature psychoïde du Soi conduit à comprendre le mandala comme une représentation de la totalité psychophysique, incluant les relations entre le moi, autrui et le monde.
Qu’est-ce que l’inconscient psychoïde ?
C’est la dimension profonde de l’inconscient qui ne relève pas exclusivement du psychique. Elle constitue, dans la conception de Jung et Pauli, un soubassement commun à la matière et à l’esprit.
Pourquoi le mandala est-il lié à l’individuation ?
Parce qu’il manifeste l’activité organisatrice du Soi, dont la découverte transforme les relations entre la conscience individuelle et la totalité inconsciente.
Peut-on danser un mandala ?
Oui. Jung a observé des manifestations corporelles du mandala. Mes recherches sur la danse Kagura Mai approfondissent cette question en étudiant l’organisation spontanée de mouvements individuels et collectifs.
Pourquoi étudier le mandala selon Jung et Pauli ?
Parce que leur conception de l’inconscient permet de dépasser une interprétation purement subjective du mandala et de comprendre sa portée comme manifestation d’une totalité psychophysique.
Quel est le principe du mandala ?
Le mandala organise une multiplicité d’éléments autour d’un centre, le plus souvent dans un cercle associé à un carré. Pour Jung, cette organisation est celle du Soi : une totalité dans laquelle les éléments opposés participent à une même unité.
Quelle est la signification spirituelle du mandala ?
Dans les traditions de l’Inde, du Tibet et du Japon, le mandala est un support de méditation qui représente l’ordre du monde et la présence du divin en son centre. Jung y reconnaît une image archétypique du Soi, qui apparaît aussi spontanément dans les rêves et les dessins de personnes qui ignorent ces traditions.
Quels sont les bienfaits du mandala selon Jung ?
Jung observe que les mandalas apparaissent souvent dans les périodes de désorientation et qu’ils apportent un effet d’ordre et de centrage. Dessiner ou danser un mandala permet de faire apparaître cette organisation et d’en faire l’expérience.
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2. La pratique du mandala du matin selon C. G. Jung
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Elle permet d’aborder la création du mandala à partir des concepts fondamentaux de la psychologie analytique.
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Physique quantique et psychologie des profondeurs selon W. Pauli et C. G. Jung · sous la direction de Bruno Traversi et Alexandre Mercier · Éditions du Cénacle de France
Conclusion : le mandala comme manifestation de la totalité psychophysique
L’étude du mandala selon Carl Gustav Jung conduit à dépasser une conception de la psyché limitée à la subjectivité individuelle.
Le mandala constitue une image archétypique du Soi, dont la nature profonde est psychoïde.
L’inconscient collectif, dans sa dimension fondamentale, constitue le soubassement commun de la matière et de l’esprit, du moi et d’autrui, du sujet et du monde.
Le mandala est donc l’image archétypique de cette totalité originaire.
C’est pourquoi il ne doit pas être compris exclusivement comme une représentation de l’équilibre intérieur.
Il manifeste un principe d’unité qui dépasse les frontières de la conscience individuelle.
Mes recherches sur la danse Kagura Mai permettent d’approfondir cette conception en étudiant l’apparition spontanée d’une organisation géométrique commune à plusieurs individus.
Le mandala y apparaît comme une structure qui s’actualise à travers les mouvements du corps et l’organisation collective de l’espace.
Cette manifestation permet de retrouver la portée fondamentale de la théorie jungienne des archétypes : ceux-ci ne sont pas simplement des images ou des représentations, mais des principes d’ordre appartenant à la dimension profonde et objective de l’inconscient.
La recherche sur le mandala rejoint ainsi celle du problème psychophysique, de la synchronicité et de l’inconscient neutre.
Elle permet d’interroger, à partir de l’expérience, la nature de la totalité à laquelle participent simultanément l’homme, autrui et le monde.
Références bibliographiques
- C. G. Jung, Commentaire sur le Mystère de la Fleur d’or.
- C. G. Jung, Psychologie et alchimie.
- C. G. Jung, Mysterium Coniunctionis.
- C. G. Jung et W. Pauli, Correspondance 1932-1958.
- B. Traversi, « La déchirure de l’espace et la naissance du sujet selon C. G. Jung et W. Pauli », Plastir, 2016.
- B. Traversi, « Les marqueurs corporels de l’atemporalité comme signe de l’arrière-monde selon C. G. Jung et W. Pauli », 2016.
- B. Traversi et A. Mercier (dir.), L’Arrière-monde ou l’Inconscient neutre, Éditions du Cénacle de France.
